Après l’échec des dernières négociations entre Ottawa et Washington, le président américain Donald Trump a annoncé que les droits de douane imposés aux véhicules, camions et pièces automobiles provenant du Canada pourraient passer de 25 % à 50 % à compter du 1er janvier 2027.

Cette nouvelle menace inquiète particulièrement Toyota et Honda, qui produisent une part importante de leurs véhicules nord-américains dans des usines canadiennes.

Toyota et Honda particulièrement exposés

Selon une analyse publiée par Reuters le 31 août, les deux constructeurs japonais pourraient figurer parmi les entreprises les plus durement touchées si les droits de 50 % entrent effectivement en vigueur.

Toyota et Honda représentent ensemble plus des trois quarts des véhicules produits au Canada. Une part importante de cette production est ensuite exportée vers le marché américain.

Au cours de la dernière année, les véhicules assemblés au Canada auraient représenté environ 17 % des ventes américaines de Toyota et près du quart de celles de Honda.

Des tarifs de 50 % pourraient donc augmenter considérablement les coûts de ces entreprises, réduire leur compétitivité aux États-Unis et les obliger à revoir leur production canadienne.

Certains analystes estiment même que des chaînes d’assemblage pourraient être temporairement interrompues ou menacées de fermeture si aucun accord n’est conclu.

Plus de 400 000 emplois concernés au Canada

Pour le Canada, l’enjeu dépasse largement Toyota et Honda.

L’industrie automobile canadienne représente environ 427 000 emplois directs et indirects et produit près de 1,2 million de véhicules par année.

Des milliers de travailleurs dépendent des usines d’assemblage, mais également des fabricants de pièces, des entreprises de transport, des fournisseurs de matériaux et des nombreux services liés au secteur automobile.

Une diminution importante des exportations vers les États-Unis pourrait donc entraîner des réductions de production, des mises à pied et des pertes de contrats dans plusieurs régions, particulièrement en Ontario.

Des chaînes de production profondément intégrées

Les industries automobiles canadienne et américaine fonctionnent depuis plusieurs décennies comme un seul grand réseau de production.

Une automobile assemblée au Canada peut contenir des pièces fabriquées aux États-Unis. Certains composants traversent même la frontière plusieurs fois avant que le véhicule soit terminé et livré chez un concessionnaire.

Des droits de douane de 50 % sur les véhicules et les pièces canadiennes pourraient donc également nuire à des entreprises américaines qui dépendent de fournisseurs situés au Canada.

Les constructeurs pourraient tenter de transférer une partie de leur production vers les États-Unis ou d’autres marchés. Une telle réorganisation nécessiterait toutefois d’importants investissements et plusieurs années de préparation.

Ottawa prépare sa riposte

Le gouvernement de Mark Carney prépare parallèlement une nouvelle série de contre-tarifs sur des importations américaines.

À compter du 8 septembre 2026, le Canada prévoit notamment d’imposer de nouveaux droits sur certains produits américains liés à l’acier, aux produits laitiers, aux électroménagers, aux équipements agricoles, aux pâtes et papiers ainsi qu’à l’électronique.

Ottawa affirme vouloir répondre aux mesures américaines tout en protégeant les travailleurs et les entreprises du Canada.

Cependant, les contre-tarifs comportent également des risques. Ils peuvent augmenter le prix de certains produits importés et imposer des coûts supplémentaires aux entreprises canadiennes qui utilisent des équipements ou des matières premières provenant des États-Unis.

Une menace pour toute l’économie nord-américaine

La grande inquiétude est maintenant de savoir jusqu’où ira cette confrontation entre deux économies profondément intégrées.

À court terme, les tarifs américains pourraient affaiblir les usines canadiennes et menacer des milliers d’emplois.

À plus long terme, ils pourraient modifier l’organisation de toute l’industrie automobile nord-américaine, pousser les constructeurs à déplacer certaines activités et augmenter le prix des véhicules pour les consommateurs.

Une guerre tarifaire prolongée pourrait ainsi coûter cher aux travailleurs canadiens, mais également aux fabricants, concessionnaires et consommateurs américains.

Pour Ottawa, l’objectif sera désormais d’empêcher que cette menace de 50 % devienne une réalité permanente à partir du 1er janvier 2027.

✍️ James Guilloux

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