Ces contre-mesures visent environ 27,6 milliards de dollars canadiens d’importations américaines et constituent la réponse du gouvernement de Mark Carney aux nouveaux tarifs imposés par Washington.

Ottawa répond « dollar pour dollar »

Le gouvernement canadien affirme avoir opté pour une riposte ciblée et proportionnelle aux mesures américaines.

Washington a imposé des droits de douane de 50 % sur des produits canadiens représentant environ 27,6 milliards de dollars. Ottawa entend donc répondre en appliquant des tarifs supplémentaires sur une valeur comparable d’importations en provenance des États-Unis.

Le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, présente cette stratégie comme une mesure visant notamment à défendre les travailleurs, les agriculteurs et les entreprises canadiennes touchés par les décisions américaines.

Le gouvernement parle ainsi d’une réponse « dollar pour dollar », même si les taux appliqués varieront en fonction des différentes catégories de marchandises.

Quels produits américains seront touchés ?

La liste des produits visés couvre plusieurs secteurs de l’économie.

Elle comprend notamment des marchandises liées à l’acier, aux produits laitiers, aux appareils électroménagers, à l’équipement agricole, aux pâtes et papiers ainsi qu’à certains produits électroniques.

Selon les catégories concernées, les surtaxes canadiennes atteindront 15 %, 25 % ou 50 %.

Certains produits laitiers américains pourraient ainsi être frappés d’un tarif supplémentaire pouvant atteindre 50 %, tandis que certaines catégories de fromages seraient soumises à un droit additionnel de 25 %. Des vêtements, des produits métalliques, des appareils de cuisson et d’autres marchandises figurent également parmi les biens visés.

Les nouvelles mesures s’appliqueront aux marchandises considérées comme étant d’origine américaine selon les règles douanières applicables.

Certains prix pourraient-ils augmenter au Canada ?

C’est l’une des principales questions pour les consommateurs.

Un droit de douane est perçu au moment de l’importation. L’importateur peut ensuite choisir d’en absorber tout ou partie du coût, de modifier sa chaîne d’approvisionnement ou d’en transférer une partie à ses clients.

Par conséquent, certains produits américains pourraient devenir plus coûteux au Canada, particulièrement lorsqu’il existe peu de solutions de remplacement à court terme.

Ottawa cherche toutefois également à réduire la compétitivité de certains produits américains sur le marché canadien et à encourager les entreprises et les consommateurs à se tourner davantage vers des marchandises fabriquées au Canada ou provenant d’autres partenaires commerciaux.

Certaines exceptions sont prévues. Les marchandises américaines déjà en transit vers le Canada au moment de l’entrée en vigueur des mesures pourraient notamment bénéficier des dispositions transitoires prévues par Ottawa.

Les relations commerciales continuent de se détériorer

Ces nouvelles mesures surviennent dans un contexte de fortes tensions entre Ottawa et Washington, après l’échec des dernières négociations commerciales.

Le premier ministre Mark Carney affirme que le Canada demeure disposé à conclure une entente avec les États-Unis, mais insiste sur la nécessité d’obtenir un accord avantageux pour les deux pays et offrant davantage de prévisibilité aux entreprises.

Le président américain Donald Trump, de son côté, maintient la pression commerciale sur le Canada. De nouvelles menaces tarifaires visant notamment le secteur automobile canadien accentuent les inquiétudes quant à une possible prolongation du conflit.

L’industrie automobile est particulièrement vulnérable à une escalade commerciale en raison de l’intégration étroite des chaînes de production canadiennes et américaines.

Le commerce avec les États-Unis montre des signes de faiblesse

Cette confrontation intervient alors que les échanges commerciaux avec le marché américain montrent déjà des signes de ralentissement.

En juillet, les exportations canadiennes vers les États-Unis ont reculé de 6,6 %, tandis que les importations en provenance des États-Unis ont progressé de 1,8 %. Le surplus commercial canadien avec son voisin aurait ainsi fortement diminué.

Malgré cette évolution, les États-Unis demeurent de très loin le principal partenaire commercial du Canada.

Cette interdépendance explique pourquoi une guerre tarifaire prolongée pourrait avoir des conséquences économiques importantes des deux côtés de la frontière, notamment sur les investissements, les chaînes d’approvisionnement, l’emploi et les prix de certains biens.

Ottawa veut également produire davantage au Canada

Parallèlement à ses mesures de représailles, le gouvernement Carney cherche à réduire certaines dépendances industrielles envers les États-Unis et à renforcer la production nationale.

Ottawa a notamment annoncé un investissement majeur concernant les nouvelles voitures de passagers de VIA Rail, avec l’objectif qu’elles soient produites et assemblées au Canada.

Le projet prévoit 313 nouvelles voitures et devrait soutenir des centaines d’emplois, notamment en Ontario et au Québec.

Cette stratégie s’inscrit dans une volonté plus large de renforcer les capacités industrielles canadiennes dans un contexte où les relations commerciales avec les États-Unis sont devenues plus imprévisibles.

Le 8 septembre, une date importante

À moins d’un changement de dernière minute, les nouveaux tarifs canadiens doivent donc entrer en vigueur le 8 septembre 2026 à 0 h 01.

À partir de cette date, la confrontation commerciale entre les deux voisins franchira une étape supplémentaire, puisque davantage d’exportations américaines vers le marché canadien seront directement touchées par les contre-mesures d’Ottawa.

La question sera alors de savoir si cette pression supplémentaire poussera Washington et Ottawa à reprendre sérieusement les négociations ou si elle entraînera, au contraire, une nouvelle escalade commerciale.

Pour les entreprises comme pour les consommateurs canadiens, les conséquences de cette confrontation pourraient devenir progressivement plus visibles au cours des prochains mois.

Le 8 septembre pourrait ainsi marquer un nouveau tournant dans une relation commerciale Canada–États-Unis déjà profondément mise à l’épreuve.

✍️ James Guilloux Bat Bravo Pou La Jenès

Bat Bravo Pou La JenèsL’information au service de la communauté.