Carney veut bâtir une « alliance unique » avec l’Europe

Le premier ministre Mark Carney souhaite ouvrir des discussions avec l’Union européenne afin de développer une relation beaucoup plus étroite entre le Canada et le bloc européen.

Une précision demeure toutefois essentielle : le Canada ne cherche pas à devenir membre de l’Union européenne.

L’objectif serait plutôt d’explorer une forme d’« alliance unique » entre le Canada et l’UE, adaptée aux intérêts des deux partenaires et susceptible d’approfondir leur coopération dans plusieurs domaines.

Cette démarche s’inscrit dans la stratégie du gouvernement Carney visant à diversifier les relations économiques et stratégiques du Canada, particulièrement dans un contexte de fortes tensions commerciales avec les États-Unis.

✈️ Vivre, étudier et travailler plus facilement en Europe ?

C’est probablement l’aspect qui pourrait avoir les conséquences les plus directes pour les Canadiens.

Parmi les possibilités évoquées figure une mobilité accrue des travailleurs, des professionnels, des jeunes et des étudiants entre le Canada et l’Europe.

Carney a notamment évoqué avec le président français Emmanuel Macron la question d’une mobilité facilitée entre le Canada et l’Europe.

Si les discussions progressent, une future entente pourrait éventuellement réduire certaines barrières administratives et faciliter les démarches permettant à des Canadiens de vivre, d’étudier ou de travailler dans certains pays européens.

Mais la distinction est fondamentale : aucun accord général de libre circulation n’est actuellement en vigueur, et les Canadiens n’ont pas obtenu de nouveau droit leur permettant de travailler sans autorisation partout dans l’Union européenne.

🇫🇷 La France ne peut pas décider seule pour les 27 États membres

Certaines publications circulant sur les réseaux sociaux présentent le dossier comme si le Canada et la France étaient sur le point de permettre aux Canadiens de vivre et de travailler librement dans toute l’Union européenne.

Cette présentation va beaucoup trop loin.

La France peut négocier avec le Canada sur des questions relevant de ses compétences et soutenir des initiatives à l’échelle européenne. Elle ne peut cependant pas, à elle seule, accorder aux citoyens canadiens un droit général de travailler et de s’installer dans les 27 États membres de l’Union européenne.

Un dispositif aussi vaste nécessiterait un cadre juridique approprié ainsi que des négociations impliquant les institutions et les États européens concernés.

⚠️ Pour l’instant, rien ne change pour les Canadiens

Pour un Canadien qui souhaite partir en Europe aujourd’hui, les règles actuellement en vigueur continuent de s’appliquer.

Les citoyens canadiens peuvent généralement effectuer de courts séjours dans l’espace Schengen, jusqu’à 90 jours sur une période de 180 jours, sans visa de court séjour.

Mais cette exemption ne constitue ni un permis de travail ni un droit général de résidence permanente.

Un Canadien souhaitant s’installer durablement ou travailler dans un pays européen doit donc continuer à respecter les règles d’immigration, de résidence et de travail applicables dans le pays concerné.

Autrement dit, une mobilité plus importante est envisagée, mais aucun nouveau droit général permettant aux Canadiens de travailler librement dans l’UE n’existe actuellement.

🇨🇦🇫🇷 Carney attendu en France

Le dossier pourrait maintenant prendre davantage d’importance avec la tournée européenne du premier ministre.

Mark Carney doit se rendre à Strasbourg, en France, à partir du 15 septembre, dans le cadre d’un déplacement européen consacré notamment au renforcement des relations du Canada avec ses partenaires du continent.

Les discussions doivent porter sur plusieurs secteurs, dont le commerce, les investissements, la sécurité et la défense.

Carney doit également prononcer une allocution devant le Parlement européen, une tribune importante pour présenter sa vision de l’avenir des relations entre le Canada et l’Europe.

🇺🇸 Une diversification accélérée dans un contexte de tensions avec Washington

Ce rapprochement intervient à un moment particulièrement stratégique.

Les tensions commerciales entre Ottawa et Washington poussent le gouvernement Carney à accélérer sa stratégie de diversification des marchés et des partenariats internationaux du Canada.

Les États-Unis demeurent le principal partenaire économique du pays et continueront d’occuper une place centrale dans l’économie canadienne.

Mais Ottawa cherche parallèlement à développer des relations plus profondes avec l’Europe afin de réduire la vulnérabilité du Canada face aux changements de politique économique et commerciale à Washington.

🇪🇺 Une relation qui pourrait aller bien au-delà du commerce

Le Canada et l’Union européenne entretiennent déjà une relation économique importante grâce à l’Accord économique et commercial global (AECG/CETA).

Le gouvernement Carney souhaite maintenant approfondir cette coopération dans des secteurs stratégiques comme l’énergie, les minéraux critiques, la défense, l’intelligence artificielle, les technologies et les investissements.

La mobilité des personnes pourrait éventuellement devenir un autre volet de cette relation.

Un accord ambitieux dans ce domaine pourrait créer de nouvelles possibilités pour les travailleurs, les professionnels, les étudiants et les jeunes Canadiens souhaitant acquérir une expérience en Europe, tout en facilitant également la mobilité des Européens vers le Canada.

🔴 Une possibilité importante, mais pas encore un accord

Pour l’instant, la prudence reste donc nécessaire.

Le Canada et l’Europe explorent un rapprochement beaucoup plus profond, et la mobilité des personnes fait partie des possibilités évoquées. Mais aucun accord permettant aux Canadiens de vivre et de travailler librement dans l’ensemble de l’Union européenne n’a été conclu.

Les prochaines discussions permettront de déterminer jusqu’où Ottawa et Bruxelles souhaitent aller.

La tournée européenne de Mark Carney pourrait apporter de nouvelles précisions sur cette ambition et sur la forme que pourrait éventuellement prendre cette « alliance unique » entre le Canada et l’Union européenne.

BBJ continuera de suivre les discussions afin de distinguer les propositions actuellement à l’étude des mesures qui seront réellement négociées ou adoptées.

Dossier à suivre.

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