Une proposition sans précédent
Mark Carney était présent dans l’hémicycle à Strasbourg lorsqu’Ursula von der Leyen a prononcé son discours annuel sur l’état de l’Union.
La présidente de la Commission a annoncé son intention de faire évoluer la relation entre le Canada et l’UE de l’AECG vers une « Alliance pour l’avenir », avec l’objectif de créer un espace commun de prospérité et de sécurité économique.
Von der Leyen a évoqué une coopération renforcée dans plusieurs secteurs stratégiques : fabrication avancée, technologies, industries de défense, Arctique, énergie, minéraux critiques, batteries, intelligence artificielle, informatique quantique, cybersécurité et sécurité économique.
Elle a ensuite formulé sa proposition la plus spectaculaire : travailler avec Mark Carney pour permettre éventuellement au Canada de devenir le premier membre associé de l’UE.
⚠️ Le Canada ne devient pas membre de l’Union européenne
Cette distinction est essentielle.
Le Canada n’est pas en train d’adhérer à l’Union européenne et aucun statut de « membre associé » ne lui a encore été accordé.
Ursula von der Leyen propose d’en élaborer la possibilité avec Ottawa. Les modalités, les droits, les obligations et le fonctionnement concret d’un tel statut devront donc être définis.
Le gouvernement canadien parle lui-même d’une « approche unique que les deux parties définiront ensemble ».
Il serait donc prématuré d’affirmer que le Canada bénéficierait des mêmes droits qu’un État membre de l’UE.
🇨🇦 Mark Carney accueille favorablement la proposition
Après sa rencontre avec Ursula von der Leyen à Strasbourg, le Bureau du premier ministre a confirmé que Mark Carney avait salué la proposition visant à dépasser l’AECG pour construire une alliance beaucoup plus solide et ambitieuse.
Ottawa et Bruxelles souhaitent notamment renforcer leur autonomie stratégique grâce à une coopération approfondie dans les minéraux critiques, les capacités industrielles de défense, l’intelligence artificielle et les capacités de calcul, la sécurité énergétique, l’espace, les services financiers et les systèmes de paiement.
Les deux dirigeants ont également discuté des moyens de rendre le commerce numérique plus fluide pour les produits non agricoles et un large éventail de services.
🛡️ Défense : le Canada est déjà allé plus loin que les autres partenaires non européens
Le rapprochement ne commence pas aujourd’hui.
En février 2026, le Canada est devenu le premier pays non européen à rejoindre SAFE, l’initiative européenne Security Action for Europe, destinée notamment à renforcer les capacités et les investissements de défense.
Le Canada et l’UE disposent également d’un Partenariat de sécurité et de défense, lancé en 2025, ainsi que d’un nouveau partenariat stratégique couvrant notamment le commerce, la technologie, l’énergie et la sécurité.
La proposition de von der Leyen s’inscrit donc dans un rapprochement déjà engagé depuis plusieurs mois.
💰 Une relation économique déjà considérable
L’Union européenne est actuellement le deuxième partenaire commercial mondial du Canada pour les biens et services, derrière les États-Unis.
Selon le gouvernement canadien, les échanges de biens et services entre le Canada et l’UE ont atteint environ 178 milliards de dollars en 2025.
L’UE constitue également la deuxième source mondiale d’investissements directs étrangers au Canada après les États-Unis.
Von der Leyen a pour sa part souligné que le commerce de marchandises entre les deux partenaires avait augmenté d’environ 75 % en moins d’une décennie grâce à l’AECG/CETA.
🇺🇸 Le contexte américain plane sur le rapprochement
La proposition intervient alors que le gouvernement Carney cherche à diversifier davantage les partenariats économiques et stratégiques du Canada.
Carney déclarait encore le 15 septembre que son gouvernement voulait approfondir ses relations avec ses partenaires les plus fiables afin d’accroître l’autonomie stratégique du Canada dans des domaines comme l’intelligence artificielle, les paiements, l’espace, les minéraux critiques et l’énergie.
Le premier ministre a toutefois précisé que les États-Unis demeureraient un voisin et un partenaire majeur du Canada.
Le rapprochement avec l’Europe est donc présenté par Ottawa comme une façon de multiplier les options économiques et stratégiques du pays, plutôt que de simplement remplacer les États-Unis par l’Europe.
👷♂️ Voyager, étudier et travailler : attention aux conclusions prématurées
La perspective d'une alliance beaucoup plus profonde pourrait naturellement soulever des questions sur la mobilité entre le Canada et l’Europe.
Mais à ce stade, l’annonce du 16 septembre ne crée aucun nouveau droit général permettant aux Canadiens de vivre ou de travailler librement dans les 27 pays de l’Union européenne.
Les modalités du futur partenariat doivent encore être négociées.
Il faudra donc attendre les propositions concrètes avant de savoir si une éventuelle entente pourrait faciliter davantage les études, le travail, les déplacements professionnels ou la mobilité des jeunes et des travailleurs entre le Canada et l’Europe.
🌍 Une « Alliance pour l’avenir »
Ursula von der Leyen présente le projet comme une alliance destinée à renforcer les deux partenaires dans un environnement international de plus en plus instable.
Elle a également insisté sur le fait que cette coopération n’était pas conçue comme une alliance contre un autre pays, mais comme un moyen de renforcer les capacités communes du Canada et de l’Europe.
Ottawa partage cette volonté d’accroître l’autonomie stratégique, la résilience et la souveraineté du Canada en travaillant avec des partenaires de confiance.
📅 Le sommet Canada–UE de Montréal devient crucial
La prochaine grande étape pourrait survenir rapidement.
Le Canada doit accueillir le prochain Sommet Canada–Union européenne les 29 et 30 octobre 2026.
Ce rendez-vous prendra désormais une importance particulière : Ottawa et Bruxelles pourraient commencer à préciser ce que recouvrira concrètement cette nouvelle « Alliance pour l’avenir » et jusqu’où pourrait aller l’idée d’un statut de « membre associé ».
Pour l’instant, il s’agit donc d’une proposition historique, mais encore à construire.
BBJ continuera de suivre les négociations entre Ottawa et Bruxelles, notamment la définition du statut de « membre associé » et les éventuelles conséquences pour le commerce, la défense, les investissements et la mobilité entre le Canada et l’Europe.
Dossier à suivre.

