Une relation qui pourrait aller bien au-delà du libre-échange
Devant les eurodéputés réunis à Strasbourg, Mark Carney a défendu la création d’un partenariat Canada–Union européenne beaucoup plus profond et intégré.
La veille, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait proposé d’aller au-delà de l’AECG en créant une « Alliance pour l’avenir », ouvrant la possibilité que le Canada devienne le premier « membre associé » de l’Union européenne.
Carney a répondu publiquement que « le Canada accueille favorablement cette ambition ».
Le concept demeure toutefois à définir. Aucun accord faisant du Canada un « membre associé » n’a été conclu et les droits, obligations et mécanismes institutionnels qui pourraient accompagner un tel statut ne sont pas encore établis.
Le gouvernement canadien parle pour l’instant d’une nouvelle forme de partenariat, d’une « alliance unique » fondée sur les valeurs communes et les forces complémentaires du Canada et de l’Europe.
🏛️ Le Parlement canadien devra se prononcer
Un élément important concerne le processus politique canadien.
Selon l’Associated Press, Carney a indiqué qu’un partenariat formel avec l’Union européenne ferait l’objet d’un débat parlementaire et d’un vote.
Cette précision est importante : Ottawa et Bruxelles n’ont pas encore arrêté la structure juridique de leur future alliance.
La nature exacte de l’accord déterminera également les procédures législatives nécessaires au Canada. Il est donc plus prudent, à ce stade, de parler d’un projet qui devra passer par le Parlement plutôt que d’affirmer qu’un texte final précis est déjà prêt à être soumis au vote.
✈️ Vivre, travailler et étudier des deux côtés de l’Atlantique
Parmi les propositions susceptibles d’avoir les conséquences les plus concrètes pour les citoyens figure la mobilité des jeunes.
Carney a proposé que le Canada et l’Europe approfondissent leurs liens entre les populations afin de permettre à leurs jeunes de vivre, travailler et étudier des deux côtés de l’Atlantique.
Le gouvernement canadien a repris cet objectif dans son bilan officiel de la visite, affirmant qu’un rapprochement accru pourrait permettre aux jeunes de vivre, travailler et étudier au Canada ou dans l’Union européenne.
Carney souhaite également une participation canadienne à Erasmus+, le programme européen consacré notamment aux études, à la formation et aux échanges internationaux.
Mais aucun nouveau droit général de résidence ou de travail dans l’Union européenne n’est entré en vigueur à la suite du discours de Strasbourg. Les modalités devront être négociées.
🤖 Défense, IA, énergie et minéraux critiques au cœur de l’alliance
La future alliance envisagée par Ottawa irait bien au-delà de la circulation des personnes.
Carney propose une coopération approfondie dans les minéraux critiques, les capacités industrielles de défense, l’intelligence artificielle et la puissance de calcul, la sécurité énergétique, l’espace et les systèmes de paiement.
Ottawa souhaite également progresser vers un commerce numérique plus fluide pour les produits non agricoles et un large éventail de services.
Le premier ministre propose même d’explorer un marché davantage intégré des services financiers, avec l’objectif déclaré d’élargir les choix, de réduire certains coûts et de faciliter l’accès au capital des entreprises.
⛏️ Le Canada met ses ressources stratégiques sur la table
Carney veut notamment utiliser les importantes ressources canadiennes pour renforcer la sécurité économique des deux partenaires.
Il a souligné que le Canada possède des gisements de plus de 34 minéraux critiques et dispose également d’importantes capacités dans l’énergie, l’intelligence artificielle, l’informatique quantique et l’espace.
L’Union européenne apporte de son côté la puissance de son marché, ses capacités de recherche, son industrie manufacturière et une base industrielle de défense en expansion.
Ottawa estime que ces forces sont complémentaires et pourraient permettre aux deux partenaires de réduire certaines vulnérabilités stratégiques.
🛡️ Carney place la souveraineté au centre de sa stratégie
Le premier ministre a présenté ce rapprochement comme une question de résilience et de souveraineté.
Dans son discours, il a dénoncé l’utilisation croissante des tarifs douaniers, des mécanismes financiers et des chaînes d’approvisionnement comme instruments de pression entre États.
Carney ne propose toutefois pas que le Canada devienne autosuffisant.
Sa stratégie consiste plutôt à diversifier suffisamment les partenaires du pays pour réduire sa vulnérabilité face à une dépendance excessive envers un seul marché ou fournisseur.
Il a également précisé qu’il ne cherchait pas à créer un « troisième bloc » destiné à rivaliser avec les grandes puissances.
🇺🇸 Le rapprochement intervient en pleine tension avec Washington
Cette offensive européenne survient alors que les relations commerciales entre le Canada et les États-Unis sont particulièrement tendues sous l’administration de Donald Trump.
L’Associated Press rapporte que les tensions commerciales avec Washington ont contribué à accélérer les efforts canadiens visant à diversifier les relations économiques et stratégiques du pays.
Cette diversification ne signifie toutefois pas qu’Ottawa entend remplacer les États-Unis par l’Europe.
Le gouvernement Carney présente plutôt sa stratégie comme la construction d’un réseau plus large de partenaires fiables afin d’accroître les options économiques et stratégiques du Canada.
🇨🇦 Un débat politique canadien désormais inévitable
L’éventuel statut de « membre associé » devrait maintenant alimenter un débat politique important au Canada.
Plusieurs questions restent sans réponse : jusqu’où irait l’intégration économique? Quelles règles seraient communes? Quels pouvoirs demeureraient exclusivement canadiens? Comment fonctionnerait la mobilité des travailleurs? Et quelles obligations accompagneraient éventuellement le statut proposé?
À ce stade, aucune réponse définitive n’existe, puisque la structure du partenariat reste à négocier.
C’est précisément pourquoi le passage par le processus parlementaire canadien prendra une importance particulière lorsque les détails seront connus.
🇨🇦🇪🇺 Une alliance encore à construire
Le message politique envoyé depuis Strasbourg est néanmoins clair : Ottawa et Bruxelles souhaitent explorer une relation beaucoup plus étroite que celle créée par le seul accord de libre-échange.
Le gouvernement canadien parle désormais du « partenariat le plus profond possible entre le Canada et l’UE », tout en affirmant qu’une nouvelle forme d’alliance devra respecter la souveraineté canadienne.
Pour l’instant, il s’agit donc d’un projet politique ambitieux, mais encore en construction. Le statut de « membre associé », les règles de mobilité, l’intégration économique et les autres composantes de l’alliance devront être précisées avant qu’un accord définitif puisse avancer dans le processus politique canadien.
BBJ continuera de suivre les négociations entre Ottawa et Bruxelles ainsi que le débat au Parlement canadien sur la forme que pourrait prendre cette nouvelle Alliance pour l’avenir.
Dossier à suivre.
James Guilloux Toronto, Canada Bat Bravo Pou La Jenes — BBJ

