Certains fournisseurs chinois de terres rares refusent ou suspendent désormais des expéditions destinées à des entreprises américaines, notamment par crainte de sanctions ou de représailles de la part des autorités chinoises.

L’information a été rapportée ce vendredi 4 septembre par Reuters, qui cite plusieurs sources proches du dossier. L’agence précise toutefois qu’elle n’a pas pu déterminer combien d’entreprises chinoises avaient suspendu ou refusé des livraisons à destination du marché américain.

La distinction est importante : il ne s’agit pas, à ce stade, d’un arrêt général des exportations chinoises de terres rares vers les États-Unis.

Pourquoi les terres rares sont-elles si importantes ?

Les terres rares regroupent un ensemble d’éléments indispensables à la fabrication de nombreuses technologies modernes.

Elles sont notamment utilisées dans les aimants à haute performance, les véhicules électriques, l’électronique, certains équipements énergétiques, l’aéronautique et plusieurs systèmes militaires.

La Chine occupe une position dominante dans plusieurs étapes de la chaîne mondiale d’approvisionnement, notamment dans la séparation et le raffinage de certains de ces matériaux ainsi que dans la production d’aimants spécialisés.

Cette situation confère à Pékin une influence considérable sur des chaînes d’approvisionnement jugées stratégiques par Washington.

Depuis les restrictions introduites par la Chine en avril 2025, les exportations de plusieurs terres rares et aimants ont repris. L’approvisionnement demeure toutefois difficile pour certains matériaux critiques, notamment l’yttrium, tandis que plusieurs secteurs continuent de faire face à des tensions sur les prix et les disponibilités.

Certains fournisseurs chinois refusent de livrer

Selon Reuters, un nombre limité de fournisseurs chinois auraient refusé, depuis le début du mois d’août, d’expédier certains matériaux à des entreprises américaines.

La situation se serait notamment compliquée après l’imposition par la Chine de sanctions visant la Responsible Business Alliance (RBA), une organisation américaine active dans le domaine des chaînes d’approvisionnement.

Certaines entreprises chinoises craindraient d’être exposées à des sanctions si elles participaient à certains mécanismes de vérification associés à cette organisation.

D’autres fournisseurs chercheraient à éviter des transactions lorsqu’ils ne peuvent pas déterminer avec suffisamment de certitude l’utilisateur final des matériaux, notamment par crainte que ceux-ci soient ensuite transférés à des entités visées par des restrictions chinoises.

La nuance demeure essentielle : Pékin n’a pas annoncé d’interdiction générale des exportations de terres rares vers les États-Unis.

Les difficultés actuelles concernent certains fournisseurs, certaines licences et certains matériaux stratégiques.

Des entreprises américaines attendent leurs licences

Les difficultés ne se limitent pas aux refus de livraison.

Selon des sources citées par Reuters, certaines entreprises américaines attendraient depuis plus de six mois les licences nécessaires pour importer certains minerais depuis la Chine.

Les données douanières chinoises montrent également que les exportations d’yttrium vers les États-Unis ont repris, mais demeurent nettement inférieures à leurs niveaux antérieurs.

Après deux mois sans exportations d’yttrium vers le marché américain, la Chine en aurait notamment expédié 27 tonnes en juillet.

Ces données montrent que les échanges se poursuivent, mais dans un environnement devenu beaucoup plus complexe et incertain pour les entreprises dépendantes de ces matériaux.

Washington accentue la pression sur Pékin

L’administration américaine suit le dossier de très près.

Washington demande à Pékin de respecter les engagements pris entre les deux pays afin de rendre le système chinois de licences d’exportation plus prévisible et de faciliter l’approvisionnement des entreprises américaines.

Un responsable américain cité par Reuters affirme que l’administration continue de soulever auprès des autorités chinoises les difficultés rencontrées par les entreprises dans l’application de ces engagements.

De son côté, Pékin affirme vouloir préserver la stabilité des chaînes mondiales d’approvisionnement en minerais critiques.

La Chine défend également ses restrictions en soulignant que Washington impose de son côté de nombreuses mesures visant des entreprises et des technologies chinoises dans des secteurs considérés comme sensibles.

Les terres rares s’invitent dans les discussions Trump–Xi

Cette nouvelle tension intervient à un moment particulièrement important pour les relations sino-américaines.

Le président chinois Xi Jinping doit rencontrer Donald Trump à Washington le 24 septembre, et la question des terres rares figure désormais parmi les dossiers économiques particulièrement surveillés avant cette rencontre.

Les deux gouvernements cherchent à stabiliser certains aspects de leur relation commerciale, mais les difficultés entourant les minerais critiques illustrent la fragilité persistante du dialogue entre les deux puissances.

Washington cherche parallèlement à développer des sources alternatives d’approvisionnement afin de réduire sa dépendance envers la Chine.

Cette stratégie représente toutefois un défi considérable. Il ne suffit pas de découvrir ou d’extraire des minerais : il faut également disposer des capacités industrielles nécessaires pour les séparer, les raffiner, les transformer et fabriquer les composants spécialisés dont dépendent les industries modernes.

Le développement de telles chaînes d’approvisionnement nécessite des investissements importants et peut prendre plusieurs années.

Une bataille qui dépasse largement le commerce

Le dossier des terres rares illustre une transformation profonde de la rivalité entre Washington et Pékin.

La confrontation ne porte désormais plus uniquement sur les tarifs douaniers ou le volume des échanges commerciaux. Elle concerne également le contrôle des matières premières, des technologies et des chaînes d’approvisionnement indispensables aux industries stratégiques.

Pour les États-Unis, sécuriser l’accès aux minerais critiques devient ainsi une question économique, industrielle et de sécurité nationale.

Pour la Chine, sa position dominante dans plusieurs segments de cette chaîne représente un important levier économique et stratégique dans ses relations avec Washington.

À l’approche de la rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping, les terres rares pourraient donc devenir l’un des dossiers les plus sensibles des discussions entre les deux premières puissances économiques mondiales.

La question ne sera pas seulement de savoir si les exportations peuvent reprendre plus régulièrement, mais également jusqu’où les deux pays sont prêts à utiliser leur contrôle des technologies et des matières premières comme instruments de pression dans leur rivalité stratégique.

✍️ James Guilloux Bat Bravo Pou La Jenès

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