Économiste, entrepreneur, professeur d’université, auteur et éducateur économique, Etzer Emile s’est construit une importante notoriété en dehors des structures politiques traditionnelles.
Une question commence désormais à prendre une véritable dimension politique :
Etzer Emile pourrait-il se lancer dans la course à la présidence d’Haïti?
Et surtout : serait-il capable de transformer son expertise économique et sa popularité en véritable projet de gouvernement?
À ce jour, aucune déclaration publique vérifiable ne permet d’affirmer qu’Etzer Emile a officiellement annoncé sa candidature à la présidence. Ses interventions et l’évolution de sa communication alimentent néanmoins les interrogations sur ses intentions.
Une réponse qui laisse la porte ouverte
Lors d’un entretien évoqué par, un journaliste lui a posé directement la question :
« Monsieur Etzer Emile, êtes-vous candidat à la présidence? »
Selon les propos rapportés à BBJ, Etzer Emile n’a pas confirmé officiellement une candidature. Il aurait plutôt rappelé qu’en tant que citoyen haïtien, il estime avoir le devoir de participer au changement de son pays.
Cette réponse prudente laisse la porte ouverte sans constituer une annonce électorale.
Dans une autre entrevue publique, l’économiste avait expliqué que ses actions conduisaient certaines personnes à le considérer comme un candidat potentiel, tout en affirmant que le moment n’était pas encore venu de parler formellement de candidature.
Il faut donc établir une distinction claire : Etzer Emile est actuellement présenté par certains comme un présidentiable, mais il n’est pas, à ce jour, un candidat officiellement déclaré.
Une communication axée sur le leadership
Le site officiel d’Etzer Emile le présente sous la bannière d’une « nouvelle génération de leadership haïtien ».
Sa biographie met en avant son expertise économique, son engagement dans l’entrepreneuriat, son ancrage territorial, sa capacité de transmission et sa vision d’une Haïti fondée sur la production, l’innovation et l’obtention de résultats.
Ce vocabulaire dépasse la simple présentation professionnelle d’un économiste ou d’un professeur d’université. Il contribue naturellement à alimenter les spéculations sur un possible engagement électoral.
Cela ne constitue toutefois pas une déclaration officielle de candidature.
Qui est Etzer Emile?
Originaire de Cavaillon, dans le département du Sud, Etzer Emile est économiste, entrepreneur, consultant, auteur, professeur d’université et éducateur économique.
Il est titulaire d’une licence en sciences économiques de l’Université Quisqueya et a également étudié la sociologie à l’Université d’État d’Haïti.
Après l’obtention d’une bourse du gouvernement taïwanais, il a étudié le mandarin à la National Central University, puis obtenu en 2011 un MBA en finance et banque à l’Université Tamkang, à Taïwan.
Il a ensuite participé à différents programmes de formation consacrés au développement économique, à l’innovation, à l’entrepreneuriat et à la gouvernance, notamment à la Harvard Kennedy School.
En 2017, Etzer Emile a également participé à l’International Visitor Leadership Program, un programme d’échange professionnel du Département d’État des États-Unis.
Son parcours l’a notamment conduit au Centre d’entrepreneuriat et d’innovation de l’Université Quisqueya.
Il est également le fondateur de Haïti Efficace, président de la Fondation Avenir et fondateur d’AyitiLab, une initiative destinée à soutenir le développement d’entreprises technologiques haïtiennes.
L’auteur de « Haïti a choisi de devenir un pays pauvre »
Etzer Emile est particulièrement connu pour son ouvrage :
« Haïti a choisi de devenir un pays pauvre : les vingt raisons qui le prouvent »
Publié en 2017, le livre analyse les décisions, comportements et faiblesses structurelles qui ont empêché Haïti de construire une économie plus productive et plus prospère.
Le site officiel d’Etzer Emile revendique plus de 30 000 exemplaires vendus ainsi qu’une communauté cumulée de plus de 700 000 abonnés sur ses différentes plateformes.
Ces chiffres proviennent de son organisation et doivent donc être présentés comme des données déclarées par celle-ci.
Grâce à ses émissions, conférences et interventions sur les réseaux sociaux, Etzer Emile a contribué à rendre certaines questions économiques plus accessibles au grand public.
Sécurité : la première épreuve d’un éventuel projet présidentiel
L’économie ne constitue cependant qu’une partie du défi auquel fait face Haïti.
La sécurité serait inévitablement l’un des premiers dossiers sur lesquels Etzer Emile serait interrogé s’il décidait de présenter sa candidature.
Dans une intervention télévisée rapportée à BBJ, l’économiste a soutenu que la Direction centrale de la police judiciaire, la DCPJ, dispose de capacités lui permettant d’arrêter des personnes recherchées lorsque les autorités décident réellement d’agir.
Il a également critiqué à plusieurs reprises l’absence d’un véritable plan de sécurité et le manque de volonté politique face à l’insécurité.
Dans un message récent consacré aux violences à Kenscoff, Etzer Emile a rappelé que la protection de la vie des citoyens devait demeurer la première responsabilité de l’État.
Sa position générale peut se résumer ainsi : aucun redressement économique durable ne sera possible sans le rétablissement de la sécurité, de l’autorité publique et du fonctionnement des institutions.
Un économiste peut-il gouverner Haïti?
C’est là que commence le véritable débat.
Être un économiste reconnu ne garantit pas automatiquement la capacité à gouverner un pays.
La présidence d’Haïti exigerait de diriger l’appareil d’État, restaurer la sécurité, lutter contre les réseaux criminels et la corruption, reconstruire les institutions et négocier avec les partenaires internationaux.
Elle exigerait surtout d’obtenir des résultats concrets pour une population confrontée au chômage, à l’insécurité, aux déplacements forcés, à la pauvreté et à l’affaiblissement des services publics.
S’il décidait de se présenter, Etzer Emile devrait donc passer du diagnostic économique à un programme politique complet, réaliste et chiffré.
Les électeurs seraient en droit de lui poser plusieurs questions fondamentales :
Comment rétablir la sécurité sur l’ensemble du territoire? Comment créer massivement des emplois? Comment financer les services publics? Comment soutenir la production nationale? Comment réformer l’administration publique? Comment lutter concrètement contre la corruption? Comment reconstruire la confiance entre l’État et la population? Des voix commencent à réclamer sa candidature
Selon John Colem Morvan, présenté par Bat Bravo Pou La Jenès comme un lanceur d’alerte engagé contre les gangs et la corruption, une candidature d’Etzer Emile pourrait représenter une option sérieuse lors du prochain scrutin.
Cette opinion ne représente évidemment pas, à elle seule, l’ensemble de la population haïtienne.
Bat Bravo Pou La Jenès rapporte également avoir recueilli des témoignages favorables au cours d’un micro-trottoir réalisé par James Guilloux auprès de personnes issues de différents secteurs en Haïti.
Plusieurs personnes interrogées auraient déclaré qu’elles seraient disposées à soutenir Etzer Emile s’il décidait de présenter sa candidature à la présidence.
Il faut toutefois distinguer ces témoignages d’un sondage scientifique. Un micro-trottoir permet de présenter des opinions individuelles, mais il ne permet pas de mesurer les intentions de vote de l’ensemble de la population.
Serait-il le meilleur président pour Haïti?
Il est encore beaucoup trop tôt pour répondre à cette question.
La popularité, les diplômes et l’expertise économique constituent des atouts. Mais une élection présidentielle exige également une organisation politique, une équipe compétente, un programme, une implantation nationale et la confiance des électeurs.
Il reste donc une question fondamentale à laquelle seul Etzer Emile peut véritablement répondre :
« Monsieur Etzer Emile, serez-vous candidat à la présidence d’Haïti? »
Pour l’instant, il ne l’a pas clairement confirmé.
Mais son discours, l’évolution de sa communication et l’intérêt manifesté autour de son nom montrent qu’Etzer Emile n’est plus seulement observé comme économiste. Il commence également à être considéré comme un acteur potentiel du prochain chapitre politique haïtien.
Si sa candidature devait se concrétiser, le débat ne devrait pas porter uniquement sur sa popularité.
Il devrait surtout porter sur sa capacité à répondre aux trois grandes urgences qui dominent aujourd’hui les préoccupations de nombreux Haïtiens :
la sécurité, le travail et la reconstruction de l’État.
C’est probablement sur ces trois dossiers que se mesurera la crédibilité de toute personne qui ambitionnera de diriger Haïti.
✍️ James Guilloux
Bat Bravo Pou La Jenès — L’info sans détour.

