Au centre de la controverse se trouvent des accusations visant une jeune créatrice de contenu connue sous le nom de Nice B, que Morvan affirme être impliquée dans certaines activités liées à des groupes armés.
Mercredi soir, lors d’un direct consacré notamment à la politique haïtienne avec Jeffson Jr Célestin, connu sous le nom de Janmsotba, plusieurs sujets sensibles ont été abordés. Les échanges ont notamment porté sur l’avenir politique du pays, sur plusieurs personnalités susceptibles de participer aux prochaines échéances électorales, ainsi que sur le cas de l’ancien sénateur Guy Philippe et son passé judiciaire aux États-Unis.
Mais c’est surtout une autre partie de l’intervention de John Colem Morvan qui a retenu l’attention.
Des accusations graves visant une personnalité connue sur TikTok
Au cours du direct, John Colem Morvan a affirmé détenir des éléments susceptibles de mettre en cause Nice B dans des activités liées à des groupes armés.
Selon son récit, une vidéo montrerait la jeune femme dans un environnement présenté comme étant sous le contrôle d’un puissant chef de gang.
Morvan affirme notamment avoir vu une vidéo dans laquelle Nice B aurait été présente lors d’une scène impliquant une jeune femme à Croix-des-Bouquets. Selon les déclarations du lanceur d’alerte, cette dernière aurait ensuite été conduite vers une base contrôlée par un chef de gang connu sous le nom de « Lanmò 100 Jou ».
Toujours selon Morvan, Nice B aurait également été présente lors d’une scène qui aurait précédé la mort de cette jeune femme. Il affirme par ailleurs qu’elle aurait demandé à un autre chef de gang, connu sous le nom de « Tèt Kale », de lui remettre une machette afin de participer à l’agression de la victime.
Ces accusations, particulièrement graves, ont rapidement provoqué de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. Plusieurs personnalités publiques ont contesté ou démenti les informations avancées par Morvan.
Le lanceur d’alerte, pour sa part, a maintenu ses déclarations.
John Colem Morvan a ensuite publié une nouvelle vidéo dans laquelle il affirme présenter des éléments supplémentaires concernant Nice B et sa présence présumée dans un environnement contrôlé par des groupes armés.
Selon lui, les images présentées permettraient d’établir la présence de la jeune femme sur les lieux.
À ce stade, ces accusations demeurent des déclarations attribuées à John Colem Morvan et nécessitent une vérification indépendante. La diffusion d’images sur les réseaux sociaux ne constitue pas, à elle seule, une preuve judiciaire des faits allégués.
Morvan et son accès aux informations provenant des zones contrôlées par les gangs
Cette nouvelle affaire relance également une question plus large : comment John Colem Morvan parvient-il régulièrement à obtenir des informations provenant de territoires contrôlés par les gangs armés en Haïti ?
Alors que de nombreux journalistes, policiers et citoyens rencontrent d’importantes difficultés pour accéder à certaines de ces zones, Morvan affirme être en mesure d’obtenir des informations et des images provenant de territoires contrôlés par des groupes armés.
Cette capacité contribue à renforcer son image de lanceur d’alerte particulièrement actif auprès de la diaspora haïtienne sur les questions liées à la criminalité, à la politique et à l’insécurité.
Son émission Ayiti-KoTouni, diffusée par la plateforme Bat Bravo Pou La Jenès, traite notamment de l’actualité politique et sécuritaire haïtienne.
Cette capacité à recueillir rapidement des informations provenant de zones difficiles d’accès soulève toutefois une interrogation essentielle : quelles méthodes sont utilisées pour obtenir ces informations et comment peuvent-elles être vérifiées de manière indépendante ?
Où sont les autorités haïtiennes ?
Au-delà du cas de Nice B, cette affaire pose une question beaucoup plus profonde concernant l’autorité de l’État haïtien.
Les groupes armés continuent de contrôler ou d’influencer plusieurs territoires de la région métropolitaine ainsi que d’autres zones du pays. Dans ce contexte, les révélations diffusées sur les réseaux sociaux ne peuvent se substituer au travail de la police, de la justice et des services de renseignement.
Si les images présentées par Morvan correspondent effectivement aux faits qu’il décrit, elles devraient faire l’objet d’une vérification officielle et, le cas échéant, d’une enquête approfondie.
Mais alors que Morvan affirme que les images permettent d’identifier clairement Nice B dans cet environnement, une question demeure : où sont les autorités haïtiennes chargées de vérifier ces informations ?
La Police nationale d’Haïti (PNH), les autorités judiciaires ainsi que les responsables de la sécurité nationale ont une responsabilité particulière face à ce type de révélations.
Une affaire qui dépasse le cas de Nice B
L’affaire Nice B ne devrait donc pas être réduite à une simple polémique sur TikTok ou les réseaux sociaux.
Elle renvoie à un problème beaucoup plus important : dans un pays où les gangs ont pris le contrôle de nombreux territoires, qui détient réellement l’information et qui est capable de documenter, à distance et en temps réel, ce qui s’y passe ?
La population haïtienne a besoin d’informations fiables. Elle a également besoin d’institutions capables de confirmer ou d’infirmer rapidement les révélations qui circulent sur les plateformes numériques.
La PNH, le gouvernement, les responsables de la sécurité nationale et les autorités judiciaires ont une responsabilité particulière dans ce contexte.
Le regard de James Guilloux
« Moi, je dis : autant, autant pour Haïti. »
Lorsqu’un lanceur d’alerte affirme avoir accès à des informations provenant de zones contrôlées par des groupes armés, la première réaction des autorités ne devrait pas être le silence. Elle devrait être de vérifier les informations et d’établir les faits.
Si les accusations sont fausses, que les autorités compétentes le démontrent.
Si elles sont fondées, que les responsables soient identifiés et poursuivis conformément à la loi.
Mais pendant que les réseaux sociaux deviennent parfois l’une des principales sources d’information de la population, une question demeure : où sont les responsables de la sécurité du pays ? Où sont les enquêtes ? Où sont les résultats ?
Haïti ne peut pas continuer ainsi.
✍️ James Guilloux
Bat Bravo Pou La Jenès

