Selon les informations présentées aux Nations Unies, au moins 47 personnes ont été tuées, dont cinq enfants — trois garçons et deux filles. Des dizaines d’autres personnes auraient été blessées ou enlevées lors de l’attaque menée dans la nuit du 23 au 24 août.
Plus de 2 600 personnes contraintes de fuir
Au-delà des pertes humaines, l’attaque a provoqué un important déplacement de population.
Selon les données communiquées devant le Conseil de sécurité, 2 647 personnes ont été contraintes de quitter leur domicile à la suite des violences.
Des informations font également état de victimes tuées ou brûlées dans leurs maisons ainsi que d’attaques contre des personnes qui auraient tenté de trouver refuge dans une église. Certains détails entourant ces atrocités doivent toutefois encore être établis avec précision.
Ces nouveaux déplacements aggravent une crise humanitaire déjà extrêmement préoccupante. Près de 1,5 million de personnes seraient actuellement déplacées à l’intérieur d’Haïti, conséquence de l’expansion des groupes armés et de la détérioration continue de la situation sécuritaire.
Six enfants et sept femmes libérés
Au milieu de cette tragédie, une nouvelle a néanmoins apporté un rare moment de soulagement.
L’UNICEF a annoncé la libération de six enfants et sept femmes qui avaient été enlevés lors de l’attaque de Kenscoff.
Parmi les enfants libérés figurent trois enfants âgés de moins de deux ans, un enfant de sept ans et deux adolescentes.
L’UNICEF et des acteurs communautaires ont participé aux efforts ayant contribué à leur libération après plusieurs jours de captivité.
La situation demeure toutefois préoccupante, puisque toutes les personnes enlevées lors de l’attaque n’auraient pas nécessairement retrouvé leur liberté. Plus de 50 personnes avaient initialement été signalées comme enlevées, selon les informations présentées devant le Conseil de sécurité.
L’ONU : les condamnations ne suffisent plus
Face à la gravité de la situation, le Conseil de sécurité des Nations Unies a tenu une réunion d’urgence le 28 août consacrée à Haïti.
Le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en Haïti, Carlos Ruiz Massieu, a insisté sur la nécessité d’aller au-delà des déclarations de solidarité et des condamnations.
Pour les Nations Unies, les engagements internationaux doivent désormais se traduire par des résultats concrets sur le terrain : renforcer les institutions de sécurité haïtiennes, protéger les communautés menacées, restaurer l’autorité de l’État et lutter contre l’impunité.
L’attention se porte également sur le renforcement de la Gang Suppression Force (GSF), la force internationale chargée d’appuyer les autorités haïtiennes dans leurs efforts contre les groupes armés.
Kenscoff, symbole de l’expansion des groupes armés
L’attaque est d’autant plus préoccupante que Kenscoff a longtemps été considérée comme une commune relativement paisible des hauteurs de Port-au-Prince.
La situation a cependant profondément changé avec l’expansion des groupes armés. Selon Reuters, la commune aurait subi plus d’une douzaine d’attaques depuis 2025.
Pour les Nations Unies, les violences à Kenscoff illustrent la capacité croissante des groupes armés à étendre leur influence au-delà de leurs bastions traditionnels et à menacer directement des communautés autrefois moins exposées.
Cette expansion représente également un défi majeur pour l’État haïtien, qui peine toujours à rétablir son autorité dans plusieurs régions du pays.
Plus de 3 000 morts en six mois
Le massacre de Kenscoff s’inscrit dans une crise sécuritaire beaucoup plus vaste.
Selon les données du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), environ 3 050 personnes ont été tuées au cours des six premiers mois de 2026.
Depuis le début de 2022, le nombre de personnes tuées dans le contexte des violences en Haïti dépasserait désormais 21 000.
Les enlèvements demeurent également une préoccupation majeure. Selon les données présentées par les Nations Unies, ils auraient augmenté de 47 % au deuxième trimestre de 2026, alors que des millions d’Haïtiens continuent parallèlement de faire face à une grave insécurité alimentaire.
Une pression croissante sur la communauté internationale
Le massacre de Kenscoff remet au premier plan une question fondamentale : les engagements pris par les autorités haïtiennes et la communauté internationale permettront-ils enfin d’obtenir des résultats concrets sur le terrain ?
Le Conseil de sécurité doit également se pencher sur l’avenir et le renforcement de la force internationale chargée d’appuyer Haïti dans la lutte contre les groupes armés. Plusieurs acteurs réclament davantage de ressources ainsi qu’un soutien accru à la Police nationale d’Haïti (PNH).
Pour les habitants de Kenscoff, cependant, l’urgence est immédiate : retrouver les personnes toujours portées disparues, prendre en charge les familles déplacées, sécuriser les communautés touchées et empêcher qu’une nouvelle attaque de cette ampleur ne se reproduise.
Après les condamnations internationales, l’enjeu est désormais celui des résultats. Pour les Nations Unies comme pour la population haïtienne, la protection des civils constitue une urgence qui ne peut plus être repoussée.
✍️ James Guilloux Bat Bravo Pou La Jenès

