La commune de Kenscoff, autrefois considérée comme l’une des zones les plus paisibles des hauteurs de Port-au-Prince, vient de subir une nouvelle attaque meurtrière attribuée à des membres de la coalition armée Viv Ansanm.

Selon le dernier bilan communiqué par les Nations unies et rapporté par plusieurs médias internationaux, au moins 47 personnes ont été tuées, 22 blessées et plus de 50 autres enlevées. Cinq enfants figureraient parmi les victimes. Vingt-deux personnes auraient également été exécutées à l’intérieur d’une église.

Des habitations ont été incendiées, des familles entières ont été décimées et plusieurs résidents demeurent introuvables. En raison des difficultés d’accès, des déplacements de population et de l’impossibilité de retrouver immédiatement toutes les victimes, le bilan pourrait encore augmenter.

Le lanceur d’alerte, John Colem Morvan avance, pour sa part, un bilan dépassant 103 personnes assassinées. Ce chiffre, largement relayé sur la plateforme Bat Bravo Pou La Jenès, n’a toutefois pas encore été confirmé indépendamment par les Nations unies, la Police nationale d’Haïti ou une organisation haïtienne de défense des droits humains.

Morvan dénonce un silence qu’il considère comme complice

Dans un premier message publié en créole haïtien, John Colem Morvan critique sévèrement l’absence de réaction immédiate des principaux secteurs de la société :

« Sektè prive pa kondane masak la, GOUVÈNMAN pa kondane masak la, lapolis pa sòti kominike, pati politik pa kondane, okenn politisyen pa kondane masak la. Sa vle di tout se alye gang yo! E, TikTokè yo kontinye ap live ak gang yo. »

En français :

« Le secteur privé ne condamne pas le massacre, le gouvernement ne le condamne pas, la police ne publie aucun communiqué, les partis politiques et les politiciens gardent le silence. Cela donne l’impression qu’ils sont tous les alliés des gangs. Pendant ce temps, certains utilisateurs de TikTok continuent d’organiser des directs avec des chefs de gang. »

Cette dernière accusation représente l’interprétation personnelle de John Colem Morvan. L’absence de condamnation rapide ou publique ne constitue pas, à elle seule, une preuve juridique de collaboration avec des groupes armés. Elle soulève néanmoins une question légitime : pourquoi les institutions, les responsables politiques et les dirigeants économiques ne réagissent-ils pas immédiatement et collectivement lorsqu’une population est massacrée?

Depuis les premières publications de Morvan, l’Office de la protection du citoyen a condamné les violences. Le gouvernement a promis des renforts et le directeur général par intérim de la PNH, Vladimir Paraison, a affirmé que les forces de l’ordre préparaient une réponse. Cependant, la population attend encore des résultats concrets, un bilan officiel complet et des arrestations.

« Haïti est-il un pays difficile ou un pays facile? »

Dans une autre publication, Morvan interroge directement la capacité de l’État à faire respecter la loi :

« Ayiti, peyi difisil ou fasil? Ayiti, masak 103 moun asasinen, tout chèf rete nan plas yo e yo menm dine ansanm. Yon peyi difisil se yon peyi ki gen lwa. Yon peyi fasil se yon peyi 103 moun masakre tout chèf rete an pòs. Ayiti, èske se yon peyi difisil ou fasil? »

En français :

« Haïti est-il un pays difficile ou un pays facile? En Haïti, 103 personnes auraient été massacrées, mais tous les responsables restent à leur poste et continuent même de dîner ensemble. Un pays fort est un pays dans lequel la loi s’applique. Un pays faible est un pays dans lequel une population est massacrée sans que les responsables rendent des comptes. Haïti est-il un pays difficile ou un pays facile? »

Par cette interrogation, Morvan ne demande pas uniquement une condamnation verbale. Il réclame la responsabilité des autorités chargées de protéger la population et s’interroge sur les conséquences imposées aux dirigeants lorsqu’une catastrophe sécuritaire se produit sous leur administration.

Des interrogations sur les responsables de la sécurité

John Colem Morvan a également publié un message mettant en cause les relations entre certaines personnalités de l’État et le secteur privé de la sécurité :

« Mario Andrésol gen konpayi sekirite, Didier mete l nan tèt lame. Paraison gen konpayi sekirite, plis li nan tèt yon ekip mèsenè lokal yo rele Team Reaction 4; Didier mete l chèf polis. Alain gen konpayi sekirite, yo mete l nan finans, DCA PNH la. Kote materyèl polis ak lame? »

Dans ce message, Morvan affirme que plusieurs responsables auraient des intérêts ou des liens antérieurs avec des entreprises privées de sécurité. Il demande également où se trouvent les équipements destinés à la police et aux Forces armées d’Haïti.

Ces affirmations doivent être traitées comme des allégations formulées par John Colem Morvan. Elles nécessitent des documents, une enquête indépendante et un droit de réponse des personnes citées. Leur publication ne signifie pas qu’elles ont été établies comme des faits par une autorité judiciaire.

Il est néanmoins confirmé que Mario Andrésol possède une longue expérience dans le domaine de la sécurité et de la consultation stratégique. Ancien directeur général de la PNH, il a été installé comme ministre de la Défense en mars 2026. Vladimir Paraison dirige pour sa part la Police nationale d’Haïti par intérim depuis août 2025.

En raison de leurs fonctions, ces deux responsables doivent répondre aux interrogations légitimes de la population concernant la stratégie de sécurité, les équipements disponibles, le déploiement des unités et les mesures prises pour prévenir de nouveaux massacres.

Paraison et Andrésol peuvent-ils résoudre la crise?

Vladimir Paraison et Mario Andrésol occupent des postes essentiels, mais aucun des deux ne peut, à lui seul, résoudre l’ensemble de la crise sécuritaire.

Le directeur général de la PNH est responsable du commandement opérationnel de la police. Il doit notamment améliorer le renseignement, protéger les zones menacées, déployer les unités spécialisées, sécuriser les routes et poursuivre les auteurs des massacres.

Le ministre de la Défense doit renforcer les Forces armées d’Haïti, définir une stratégie nationale, améliorer la coordination avec la police et veiller à ce que les militaires disposent d’une formation et d’équipements adaptés.

Pour obtenir des résultats durables, plusieurs conditions sont nécessaires :

une véritable coordination entre la PNH, les FAd’H et les autorités judiciaires; des renseignements précis sur les mouvements et le financement des groupes armés; des équipements, des munitions, des véhicules et des moyens de communication adéquats; la sécurisation permanente de Kenscoff et des routes environnantes; des enquêtes sur les fournisseurs d’armes et les éventuels soutiens financiers des gangs; des poursuites judiciaires contre les auteurs, commanditaires et complices; une communication transparente avec la population; une utilisation contrôlée et vérifiable des budgets consacrés à la sécurité; une coopération internationale respectueuse de la souveraineté d’Haïti.

La responsabilité ne repose donc pas uniquement sur Paraison et Andrésol. Elle concerne également le gouvernement, le système judiciaire, les autorités locales, les institutions de transition et tous ceux qui disposent du pouvoir nécessaire pour agir.

Une population abandonnée et une diaspora en souffrance

Pendant que les dirigeants débattent et que les institutions se renvoient la responsabilité, la population continue de mourir, de fuir et de perdre ses biens.

La diaspora haïtienne vit également cette tragédie à distance. Des milliers d’Haïtiens installés au Canada, aux États-Unis, en France, au Chili, au Brésil et ailleurs souhaitent retourner dans leur pays, investir, revoir leurs proches ou participer à sa reconstruction. Mais l’insécurité rend ce retour extrêmement dangereux.

Une nation ne peut pas demander à sa diaspora de revenir alors qu’elle n’est pas capable de garantir la sécurité des routes, des quartiers, des entreprises et des familles.

John Colem Morvan condamne un massacre odieux

John Colem Morvan condamne fermement le massacre odieux commis contre la population de Kenscoff. Il demande que toute la lumière soit faite sur le nombre réel de victimes, que les disparus soient recherchés, que les personnes enlevées soient libérées et que les responsables soient identifiés et traduits devant la justice.

La population ne doit pas être obligée de choisir entre le silence, l’exil ou la mort.

Les autorités doivent répondre publiquement à des questions précises : que savaient-elles avant l’attaque? Quels renforts avaient été déployés? Pourquoi les groupes armés ont-ils pu pénétrer dans la zone? Quelles opérations sont maintenant engagées? Où se trouvent les équipements de la police et de l’armée? Qui rendra des comptes?

Kenscoff ne doit pas devenir un massacre de plus ajouté à une longue liste, avant d’être oublié quelques jours plus tard.

Haïti a besoin d’autorités capables de protéger la vie, d’appliquer la loi et de rendre des comptes. Le peuple haïtien, les victimes, leurs familles et la diaspora exigent des actions concrètes, et non de nouvelles promesses.

Texte signé : JG Publié par Bat Bravo Pou La Jenès

Note de la rédaction : au moment de cette publication, les Nations unies confirment au moins 47 morts. Le bilan de plus de 103 victimes est celui avancé par John Colem Morvan et doit encore être confirmé par des sources indépendantes.

Bat Bravo Pou La JenèsL’information au service de la communauté.