Les relations entre le Canada et les États-Unis traversent l’une de leurs périodes les plus difficiles. Après l’échec des négociations commerciales, le président américain Donald Trump a multiplié les menaces tarifaires contre le Canada, tandis que le premier ministre Mark Carney promet une réponse ferme, « dollar pour dollar ».

Il ne s’agit pas d’une guerre militaire, mais d’une guerre commerciale susceptible de provoquer des pertes d’emplois, une augmentation des prix et d’importantes perturbations dans les chaînes de production nord-américaines.

Trump menace les véhicules et l’acier canadiens

Le 24 août 2026, Donald Trump a annoncé que les droits de douane sur toutes les voitures, tous les camions, les pièces automobiles et l’acier provenant du Canada seraient portés à 50 % à compter du 1er janvier 2027.

« Construisez aux États-Unis et il n’y aura aucun tarif. »Donald Trump, sur Truth Social

Trump accuse le Canada d’avoir profité économiquement des États-Unis pendant plusieurs années. Il soutient également que les tarifs agricoles canadiens ont contribué à un déficit commercial américain de 60 milliards de dollars.

Le président américain affirme aussi que le Canada réalise 95 % de ses affaires avec les États-Unis. Cette affirmation doit être nuancée : selon Statistique Canada, 71,7 % des exportations canadiennes de marchandises étaient destinées aux États-Unis en 2025, comparativement à 75,9 % en 2024.

LE CHIFFRE50 %

Le taux annoncé par Donald Trump pour les véhicules, les pièces automobiles et l’acier canadiens à compter du 1er janvier 2027.

Des tarifs américains sont déjà entrés en vigueur

La menace visant les véhicules et l’acier en 2027 s’ajoute à des tarifs américains de 50 % appliqués sur environ 20 milliards de dollars américains de marchandises canadiennes. Ces mesures concernent notamment certains produits alimentaires, boissons, vêtements, matériaux, meubles et appareils électroniques.

La Maison-Blanche présente ces mesures comme une protection pour les travailleurs et les entreprises américaines. Le gouvernement canadien estime plutôt qu’elles visent à affaiblir ses industries et à obtenir un accord défavorable pour Ottawa.

Mark Carney refuse de céder

Mark Carney affirme que les États-Unis ont demandé trop de concessions tout en offrant trop peu au Canada. Le premier ministre a suspendu les négociations et demandé aux négociateurs canadiens de revenir à Ottawa.

« Nous ne pouvons pas accepter ce qu’ils nous ont offert et nous ne donnerons pas ce qu’ils ont demandé. »Mark Carney, premier ministre du Canada

Selon Ottawa, certaines demandes américaines auraient limité la capacité du Canada à conclure librement des accords avec d’autres pays et remis en question des protections culturelles et linguistiques, notamment celles destinées à protéger le français au Québec.

Une riposte canadienne « dollar pour dollar »

Le Canada prévoit d’imposer, à compter du 8 septembre 2026, des tarifs équivalents sur plusieurs produits américains. La réponse devrait notamment toucher :

  • l’acier;
  • certains produits laitiers;
  • les appareils électroménagers;
  • les équipements agricoles;
  • les pâtes et papiers;
  • certains produits électroniques.

Le gouvernement reconnaît que les contre-tarifs pourraient faire augmenter certains prix et réduire le choix de produits au Canada, mais soutient qu’il doit protéger les travailleurs, les agriculteurs et les entreprises du pays.

Les chiffres de Trump doivent être nuancés

Donald Trump affirme que les États-Unis enregistrent un déficit commercial de 60 milliards de dollars avec le Canada. Les données disponibles présentent une situation plus complexe : le déficit dans les marchandises est partiellement compensé par l’important surplus américain dans les services.

Les échanges entre les deux pays demeurent considérables et leurs économies sont profondément intégrées. Une analyse complète doit donc distinguer les marchandises, les services, l’énergie et les chaînes industrielles.

Une interdépendance économique profonde

Le Canada dépend davantage du marché américain en proportion de son économie. Cependant, les États-Unis dépendent fortement du Canada pour plusieurs ressources stratégiques. En 2025, le Canada fournissait notamment :

  • 63,4 %du pétrole brut importé par les États-Unis;
  • près de 100 %du gaz naturel importé par les États-Unis;
  • 81,3 %de l’électricité importée par les États-Unis;

Ces pourcentages représentent la part des importations américaines, et non la totalité de la consommation des États-Unis, qui produisent eux-mêmes l’immense majorité de leur gaz et de leur électricité.

L’industrie automobile particulièrement menacée

L’automobile est probablement le secteur le plus vulnérable. Les chaînes de production du Canada, des États-Unis et du Mexique sont profondément intégrées. Certaines pièces automobiles franchissent plusieurs fois la frontière avant qu’un véhicule soit terminé.

Un tarif de 50 % pourrait réduire les exportations canadiennes, menacer des milliers d’emplois en Ontario, augmenter le prix des véhicules aux États-Unis et perturber des usines américaines dépendantes des pièces canadiennes.

Quelle sera la prochaine étape?

Trois scénarios demeurent possibles : Trump pourrait utiliser la menace comme stratégie de négociation; le conflit pourrait s’aggraver avec de nouvelles restrictions; ou les deux gouvernements pourraient reprendre les négociations avant janvier 2027.

Dans une économie nord-américaine aussi intégrée, une guerre commerciale prolongée risque de ne produire aucun véritable gagnant. Les travailleurs, les entreprises et les consommateurs des deux côtés de la frontière pourraient finalement en payer le prix.

Bat Bravo Pou La JenèsL’information au service de la communauté.
Sources et vérification

Reuters, Statistique Canada, Régie de l’énergie du Canada, Gouvernement du Canada et Associated Press.